La maison gémit sous les coups violents du vent. La pluie s’abat avec fureur contre la fenêtre. Sarah continue de naviguer entre rêve et réalité. Alix est toujours allongée près d’elle et la regarde s’agiter en dormant. Ses yeux bougent sous ses paupières, ses lèvres frémissent, les muscles de son front se contractent puis se relâchent. Bientôt le jour se lèverait. Sarah se réveillerait et éprouverait sans doute de la gêne en apercevant son corps dénudé si près de celui d’une autre femme. Alix soupire, retire sa main du ventre de Sarah et la couvre jusqu’aux épaules. Elle se retourne sur le dos et fixe le plafonnier. Elle n’a plus sommeil. Elle pense à Clara, à la douceur de sa peau, à ses doigts si habiles sur les cordes de son violoncelle. Clara, Sarah. Deux prénoms, deux visages si facilement superposables. De Clara à Sarah, il n’y a qu’un léger glissement de la langue. Une consonance presque parfaite. Alix se retourne vers Sarah. Leurs deux têtes partagent le même oreiller et elle respire le souffle chaud qui s’échappe de ses lèvres entrouvertes. « Ce soir, il serait si facile de t’embrasser », murmure-t-elle avant de poser sa bouche contre son front brûlant.
Le Souffle des baleines a obtenu le prix du roman lesbien 2008 dans la catégorie « roman francophone ».

22 juillet 2008
Lez Attitude
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